Mon travail interroge notre rapport au monde et ce qui le
conditionne. Je m’intéresse au phénomène de disparition
que je considère comme un acte révélateur. « Effacer
pour révéler ». Ainsi, les traces laissées
opèrent en acteurs et composent une lecture personnelle du monde. L’ensemble
de mes gestes ou actions, découlent d’une certaine pratique du
dessin.
Par l’utilisation d’objets de récupération ou « rebuts »
issus du quotidien, je questionne leur statut et leur fonction, autant que
la notion d’obsolescence. Une fois transformés, déplacés,
mythifiés, ces éléments s’intègrent dans
le champ de l’art comme objets subversifs. Ils passent de l’objet
industriel à l’artefact.
Dans Le Monde, je détourne de son but premier un quotidien
de l’information, en peignant les unes des journaux. Je questionne l’omniprésence
des médias, leur impact sur l’histoire, le monde et sa précarité,
l’idée de perte et de mémoire. Les deux tas de journaux
disposés tels deux plaques tectoniques figées avant leur rencontre
(ou leur détachement) puisent leur forme dans la géologie.
Le contexte occupe parfois une place importante, il influe sur mes interventions.
Pour toujours, a été réalisé sur le littoral breton.
Il y avait des marques inscrites par l’homme sur les brises-lames. J’entrepris
de reproduire ce rite. Ce qui en résulte est une vidéo qui devient
témoin et documente ce geste sans pour autant nous donner de plus amples
informations. Le titre est à la fois le message et le sujet. Il symbolise
l’action d’inscrire quelque chose sur un support, aussi bien le
bois que l’enregistrement vidéo. L’acte en lui-même
est vain car voué à disparaître, rongé par la salinité
marine.
Autre exemple, celui de la vidéo Le regardeur, où se positionne
une silhouette entre la caméra et le paysage, comme un obstacle à
la vision. Jouant sur le visible et l’invisible, le présenté
et l’apprésenté ; problématique friedrichienne
de la figure centrale et occultante.
La dualité est présente dans mes interventions. Je cherche à
équilibrer la balance, à positionner le spectateur dans un entre-deux.
J’aime composer à partir de divisions inhérentes à
toute chose, en tentant de mettre en évidence des frictions. Pour Diptyque
1 et 2, je m’appuie sur l’ambiguïté des images dessinées.
Le cadrage, le matériau, comme la dimension des dessins suscitent le
doute autant que la contemplation. Ciel et terre se métamorphosent
en flamme et ruine; matérialité et spiritualité alimentent
ce rapport passionnel et vertigineux que nous entretenons avec la nature.
Mes sources sont nombreuses et je préfère parler
de rencontres plutôt que de références; littérature,
cinéma ou événement. Je fragmente ces rencontres afin
de créer une contiguïté entre ces moments. De là,
naissent souvent la forme et l’idée principale de la pièce.
À travers une pratique protéiforme aux sujets multiples, mes productions renvoient à notre fragilité, à l’inexorable altération du monde. Cette vision apparaît comme ralentie, un « arrêt sur image », une rupture avec la fugacité des sociétés modernes; un acte de résistance...